Rilke en Valais : le poète des Alpes et son héritage

La tour médiévale du Château de Muzot à Veyras en Valais, lieu où Rilke acheva ses Élégies de Duino, entourée de vignes en automne

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Rilke en Valais : quand le plus grand poète de langue allemande choisit la montagne comme ultime refuge

Mis à jour le 01/08/2026 par Clara Müller

Rilke — ce nom résonne différemment lorsqu’on habite en Valais. Rainer Maria Rilke (1875-1926), l’un des poètes les plus influents de la littérature de langue allemande, a passé ses dernières années à quelques kilomètres de chez moi, dans une tour médiévale perchée au-dessus de Sierre. Si bien que l’astéroïde (9833) Rilke, nommé en son honneur par l’Union astronomique internationale, tourne dans l’espace comme un écho éternel d’un homme que notre canton a accueilli, et que notre sol garde encore aujourd’hui.

La tour médiévale du Château de Muzot à Veyras en Valais, lieu où Rilke acheva ses Élégies de Duino, entourée de vignes en automne

Qui était Rilke, ce génie venu d’ailleurs ?

Rainer Maria Rilke est un poète austro-allemand né le 4 décembre 1875 à Prague, alors ville de l’Empire austro-hongrois, et décédé le 29 décembre 1926 au sanatorium de Valmont, près de Montreux. Il est l’auteur de deux œuvres considérées comme des sommets de la poésie mondiale : les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée, toutes deux achevées en Valais.

Rilke a voyagé toute sa vie — Paris, Rome, Tolède, Munich, Moscou — comme s’il cherchait un lieu où sa sensibilité exacerbée pourrait enfin se poser. Il était profondément influencé par le sculpteur Auguste Rodin, dont il fut secrétaire à Paris entre 1905 et 1906, et par l’art plastique en général. Sa correspondance, publiée en plusieurs volumes, est elle-même considérée comme une œuvre littéraire majeure. La Bibliothèque nationale suisse conserve d’ailleurs une partie de ses archives.

Ce qui me touche personnellement dans le parcours de Rilke, c’est cette quête d’un ancrage que je reconnais chez tant de voyageurs qui arrivent en Valais. Ils viennent pour une semaine et restent une vie. Rilke, lui, est resté jusqu’à la mort.

Dates clés Événements
4 décembre 1875 Naissance à Prague
1902-1905 Séjours à Paris, fréquentation de Rodin
1910 Publication des Cahiers de Malte Laurids Brigge
1912 Début des Élégies de Duino au château de Duino (Trieste)
1921 Installation au Château de Muzot, Veyras, Valais
Février 1922 Achèvement des Élégies et des Sonnets à Orphée en une dizaine de jours
29 décembre 1926 Décès au sanatorium de Valmont
1926 Inhumation au cimetière de Rarogne (Valais)

Pourquoi Rilke a-t-il choisi le Valais comme dernière demeure ?

Rilke a choisi le Valais parce qu’il y a trouvé une lumière, un silence et une aridité de paysage qui correspondaient exactement à son monde intérieur. À son arrivée en 1921, il écrit à son amie la princesse Marie von Thurn und Taxis : « Le Valais m’a été donné comme une révélation. »

Je connais cette sensation. Quand on revient dans la plaine du Rhône après des années en ville, il y a quelque chose de presque physique dans la qualité de la lumière d’automne sur les vignes. Ce n’est pas une beauté spectaculaire comme celle de Zermatt — c’est une beauté qui travaille lentement, qui s’installe dans les os. Rilke l’avait compris avant de connaître le pays.

Le Valais de l’époque était aussi un espace de relative pauvreté et d’isolement, ce qui lui convenait parfaitement. Il ne cherchait pas le luxe mais le recueillement. Nyon Veyras, où se trouve Muzot, offrait exactement cette combinaison : la proximité avec Sierre pour ses courses quotidiennes, et un retrait du monde suffisant pour que le silence soit total la nuit.

La langue française du Valais romand lui offrait également un dépaysement bienvenu dans sa propre pratique : il a écrit plusieurs dizaines de poèmes directement en français pendant ses années valaisannes, recueillis dans Vergers (1926) et Les Quatrains valaisans. Ces textes sont d’une douceur étrange, comme si la langue d’adoption lui permettait une légèreté que l’allemand, trop chargé d’histoire personnelle, ne lui accordait plus.

La tombe de Rilke au cimetière de la collégiale Saint-Romanus à Rarogne, surplombant la vallée du Rhône en Valais

Le Château de Muzot : là où naquit l’œuvre ultime

Le Château de Muzot, à Veyras près de Sierre, est la tour médiévale du XIIIe siècle où Rilke acheva les Élégies de Duino et composa les Sonnets à Orphée en février 1922, lors d’une période de création fulgurante qui dura environ dix jours.

Il ne s’agit pas d’un château au sens palatial du terme. C’est une robuste tour carrée de pierre grise, entourée d’un jardin que Rilke entretenait lui-même avec une affection presque maternelle. Il l’avait loué grâce au mécénat de Werner Reinhart, un industriel zurichois passionné d’art, qui avait racheté la propriété pour la mettre à sa disposition. Reinhart la possède encore — la famille a refusé d’en faire un musée public, et c’est peut-être ainsi que Muzot a conservé son âme.

Ce qui se passa en février 1922 reste l’un des mystères de la création littéraire. Rilke, bloqué depuis dix ans sur les Élégies commencées à Duino, sentit brusquement une dictée intérieure s’imposer. Il acheva les dix élégies et écrivit simultanément les cinquante-cinq Sonnets à Orphée — en l’espace d’une dizaine de jours. Dans une lettre à sa traductrice Lou Andreas-Salomé, il décrit cet état comme une « tempête de l’esprit » dont il sortit épuisé mais accompli.

J’ai eu la chance de passer devant Muzot à plusieurs reprises en hiver, quand les vignes sont nues et que la tour se découpe sur un ciel de givre. Il y a une qualité de silence là-haut, au-dessus de Sierre, qui rend la chose crédible : on comprend qu’on peut entendre des voix dans ce silence-là.

  • Adresse : Château de Muzot, Veyras, commune de Miège, Valais
  • Statut : Propriété privée, non ouverte au public en permanence
  • À proximité : Musée de Sierre, Route des vignes de Sierre à Loèche
  • Accès : 10 minutes à pied depuis la gare de Sierre-Siders

Comment visiter les lieux rilkéens en Valais ?

Pour découvrir les traces de Rilke en Valais, la visite se structure autour de trois lieux principaux : la région de Sierre-Veyras, le cimetière de Rarogne, et le Musée cantonal de Sierre, qui conserve des documents rilkéens.

Le parcours que je recommande aux voyageurs qui séjournent dans la région commence à Sierre (Siders en allemand), la ville la plus ensoleillée de Suisse selon les relevés de MétéoSuisse. Rilke arpentait régulièrement ses ruelles et fréquentait le café de l’Hôtel de la Paix. Le Musée valaisan de la Vigne et du Vin, installé au Château de Villa à Sierre, organise ponctuellement des expositions et soirées rilkéennes — renseignez-vous auprès de l’office du tourisme local.

De Sierre, on monte à pied ou en voiture jusqu’à Veyras pour voir Muzot de l’extérieur. La tour n’est pas visitable librement, mais le chemin qui la longe permet d’en apprécier le caractère.

Ensuite, la route vers Rarogne (Raron) s’impose. Le cimetière de la collégiale Saint-Romanus, perché sur un rocher calcaire surplombant la vallée du Rhône, abrite la tombe de Rilke. L’épitaphe, choisie par le poète lui-même, est gravée en allemand : Rose, oh reiner Widerspruch — « Rose, ô pur paradoxe ». C’est l’un de ces lieux où le paysage et la poésie se confondent à ce point que l’on oublie d’où s’arrête l’un et où commence l’autre. Pour les visiteurs qui logent dans notre région, le site de walliserhof.eu propose des conseils d’itinéraires dans la vallée du Rhône.

Représentation de l'astéroïde (9833) Rilke dans la ceinture principale entre Mars et Jupiter, nommé en hommage au poète Rainer Maria Rilke

Qu’est-ce que l’astéroïde (9833) Rilke et pourquoi ce nom ?

L’astéroïde (9833) Rilke est un petit corps rocheux de la ceinture principale d’astéroïdes, nommé en hommage au poète Rainer Maria Rilke par l’Union astronomique internationale. Cette désignation officielle illustre l’influence durable de Rilke sur la culture mondiale, bien au-delà de la littérature.

La pratique de nommer des astéroïdes d’après des personnalités culturelles est courante : on compte ainsi des astéroïdes portant les noms de Kafka, de Goethe, ou encore de Mozart. Le numéro (9833) est simplement l’identifiant de catalogage attribué lors de sa découverte. Ce détail astronomique me plaît beaucoup : l’homme qui cherchait les étoiles dans les silences de Muzot a fini par en obtenir une — ou presque.

Pour ceux qui souhaitent approfondir la nomenclature des astéroïdes culturels, la base de données du Minor Planet Center de l’Union astronomique internationale recense l’ensemble des corps nommés avec leur étymologie.

L’astéroïde (9833) Rilke appartient à la famille des astéroïdes de la ceinture principale, orbitant entre Mars et Jupiter. Il ne présente aucun risque d’impact avec la Terre et n’est observable qu’avec des instruments professionnels. Son existence symbolique dépasse largement sa réalité physique : c’est une façon de dire que certaines œuvres humaines transcendent les frontières de leur époque et de leur langue.

L’héritage de Rilke dans la culture valaisanne

L’héritage de Rilke en Valais est à la fois littéraire, patrimonial et touristique, et il continue de structurer la manière dont la région se raconte au monde. Les Quatrains valaisans, écrits directement en français, constituent un témoignage unique d’un regard extérieur — celui d’un étranger tombé amoureux d’un pays.

Ces quatrains décrivent le Valais avec une précision sensorielle qui reste étonnante : les vignes en terrasses, les bisses (ces canaux d’irrigation ancestraux qui font désormais l’objet de randonnées guidées), la lumière de fin d’été, les villages accrochés aux pentes. C’est une littérature de l’ancrage, portée par quelqu’un qui ne venait pas de là mais qui avait décidé que c’était chez lui.

Des journées d’études rilkéennes sont régulièrement organisées par les universités de Lausanne et de Zurich, ainsi que par la Fondation Rilke de Sierre. Les œuvres complètes de Rilke en allemand sont publiées par les éditions Insel Verlag (Francfort), et ses textes français ont été édités chez Gallimard.

Pour les visiteurs francophones qui souhaitent prolonger l’expérience au-delà de la visite des lieux, je recommande la lecture des Quatrains valaisans avant ou pendant le séjour — ils changent littéralement le regard qu’on porte sur la vallée du Rhône. Vous trouverez sur walliserhof.eu une sélection de séjours culturels pour explorer ce patrimoine littéraire dans le cadre authentique du Vieux-Pays.

Rilke est mort de la leucémie le 29 décembre 1926, probablement contractée après s’être piqué sur les épines de ses roses, selon la légende — une fin que les amateurs de poésie romantique ont volontiers amplifiée. La réalité médicale est plus prosaïque, mais la coïncidence avec l’épitaphe sur la rose reste troublante.

Ce qui demeure, c’est une présence. Quand je marche dans les vignes au-dessus de Sierre en octobre, avec la lumière rasante qui dore les feuilles rouges et le silence que coupe parfois le passage d’un train en contrebas, je pense souvent à cet homme qui a choisi de mourir ici plutôt qu’ailleurs. Il avait peut-être trouvé, dans notre Valais, ce que beaucoup cherchent dans les montagnes : non pas le spectaculaire, mais le vrai.

Questions fréquentes

Q : Où est enterré Rilke ?
R : Rilke est enterré au cimetière de la collégiale Saint-Romanus à Rarogne (Raron), en Valais, Suisse. Sa tombe, accessible au public, porte l’épitaphe qu’il avait choisie lui-même : « Rose, oh reiner Widerspruch » (Rose, ô pur paradoxe).

Q : Peut-on visiter le Château de Muzot où Rilke a écrit ses Élégies ?
R : Le Château de Muzot, à Veyras près de Sierre, est une propriété privée. Il n’est pas ouvert au public de façon régulière, mais on peut l’apercevoir depuis les chemins environnants. Des événements culturels y sont parfois organisés par la Fondation Rilke.

Q : Qu’est-ce que l’astéroïde (9833) Rilke ?
R : C’est un astéroïde de la ceinture principale, nommé en hommage au poète Rainer Maria Rilke par l’Union astronomique internationale. Cette désignation honore son rayonnement culturel mondial.

Q : Quelles œuvres Rilke a-t-il écrites en Valais ?
R : Rilke a achevé les Élégies de Duino et composé les Sonnets à Orphée à Muzot en février 1922. Il a également écrit plusieurs recueils de poèmes directement en français, dont les Quatrains valaisans et Vergers, publiés en 1926.

Q : Pourquoi Rilke choisit-il d’écrire en français au Valais ?
R : Rilke voyait dans le français une langue d’adoption qui lui permettait une légèreté et une distance par rapport à sa langue maternelle, l’allemand, trop chargée de son histoire personnelle. Le Valais romand lui offrait un contexte linguistique naturel pour cette expérimentation.

Q : Quelle est la meilleure période pour visiter les lieux rilkéens en Valais ?
R : L’automne (septembre-octobre) est idéal : les vignes sont en couleur, la lumière est dorée et les touristes moins nombreux. C’est la lumière que Rilke lui-même décrivait dans ses poèmes valaisans. L’été permet aussi de combiner culture rilkéenne et randonnée sur les bisses.

Clara Müller — Chargée de communication touristique à Viège, Suisse. Après plusieurs années dans l’hôtellerie de luxe à Zermatt, je consacre mes écrits à révéler les couches méconnues du Valais — ses paysages, ses histoires et les voyageurs extraordinaires qui l’ont choisi comme demeure.

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